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E. Möller, Orte der Zivilisierungsmission (Dominique Trimbur)

Francia-Recensio 2016/3 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

Esther Möller, Orte der Zivilisierungsmission. Französische Schulen im Libanon 1909–1943, Göttingen (Vandenhoeck & Ruprecht) 2014, 448 S., 1 Kt., 5 Abb., 8 Tab. (Veröffentlichungen des Instituts für Europäische Geschichte Mainz, 233), ISBN 978-3-525-10132-2, EUR 79,99.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Dominique Trimbur, Paris

Dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat, Esther Möller s’attache à décrire un épisode passé de l’enseignement français à l’étranger: la présence massive d’écoles françaises au Liban. Son choix se portant sur la longue durée, de la fin de l’Empire ottoman (à partir des effets de la révolution des Jeunes-Turcs, en 1908), à la fin du mandat français sur la Syrie et le Liban, en 1943), lui permet d’analyser un réseau, des réseaux scolaires et son/leur contenu éducatif sur plusieurs décennies qui bouleversent considérablement la donne dans cette région. Sa progression est logiquement chronologique, avec un découpage en plusieurs périodes correspondant aux principales fractures qui marquent la période: un état des lieux du paysage scolaire français au Liban en 1909; un tableau de la situation au lendemain de la Première Guerre mondiale, après la défaite de l’Empire ottoman et l’avènement du système mandataire; les débuts du mandat, avec marquage élitiste du système scolaire français; la rupture de 1925, avec la montée des aspirations nationalistes arabes; l’entrée dans la modernité au cours des années 1930; le choc de la fin du mandat et ses effets sur le réseau scolaire français au Liban.

S’inscrivant dans un mouvement général (Post-Colonial Studies, histoire croisée, Entangled History, …), soucieuse de donner un tableau équilibré (après des ouvrages hagiographiques, puis à charge), complétant de solides études de cas portant sur des réseaux ou écoles dépendant d’ordres religieux distincts (Chantal Verdeil et les jésuites de Beyrouth, Jérôme Bocquet et les lazaristes de Damas), Esther Möller étend la perspective. Au réseau catholique et ses diverses composantes, ancien, elle ajoute le plus récent réseau juif de l’Alliance israélite universelle, l’embryon de réseau protestant, et le nouveau réseau laïc, celui de la Mission laïque française. Divers de par leurs acteurs et idéologies respectifs, ces réseaux se retrouvent toutefois dans une foi commune et partagée en la valeur de la »mission civilisatrice française«, qu’ils promeuvent de concert, et cela en dépit du conflit qui oppose ces diverses tendances en France même.

Le motif de la »mission civilisatrice«est au cœur de l’ouvrage: acceptée ou refusée par les Orientaux, elle est centrale pour les écoles françaises. À l’appui de sources multiples, officielles et privées, publiées ou inédites, Möller observe l’interaction de ces réseaux avec les autorités, ottomanes, françaises ou libanaises, comme avec les populations: insistance sur les »clients«traditionnels de la France, les maronites, mais aussi intérêt pour les musulmans, sunnites ou chiites, comme pour les juifs et les laïcs, donnée nouvelle dans un environnement éminemment confessionnel. Si l’affichage d’une telle mission civilisatrice est bien connu, lui qui est régulièrement poussé jusqu’à la caricature, Möller revient aux origines du concept, et étudie son intégration dans le projet pédagogique des écoles sur lesquelles elle travaille. La définition du concept fait l’objet d’un premier chapitre instructif, qui étudie son invention, son utilisation en France même, pour devenir un élément fondamental du projet colonial français, avant, puis après la Première Guerre mondiale. Le Liban, certes mis sous mandat de la SDN, n’échappe pas à cette logique coloniale, avec une vocation civilisatrice affichée, en un certain sens propre à la France, comparée aux autres puissances de ce temps intéressées par la région (Grande-Bretagne, mais aussi Allemagne et Italie).

La communauté de pensée et d’action est réelle, en dépit des divergences idéologiques, et en dépit d’une politique métropolitaine qui n’influe pas sur le bon rapport que la République entretient avec ces divers acteurs. La »mission«, et la langue française qui en est le corollaire naturel (avec une langue arabe souvent et longtemps méprisée), demeure fondamentale dans un contexte mouvant et fortement concurrentiel, avec les ambitions des autres pays souhaitant disputer à la France sa place traditionnelle au Levant. Sur cette longue période, un bref interlude tranche avec la tendance générale, promouvant une vision traditionnelle, à savoir catholique, des choses. C’est le haut-commissariat du général Sarrail (1924–1925), laïciste et franc-maçon, envoyé là par le Cartel des gauches, dont les options provoquent et gênent, et conduisent in fine à la rapide fin de cette expérience, suivi par un retour aux fondamentaux, avec, pour consécration, la contribution du Liban à l’exposition coloniale de 1931.

Toutefois, l’intérêt de la multiplicité des réseaux étudiés et de la longue période choisie permet d’introduire des nuances: si les établissements étudiés incarnent et répercutent dans et par leur projet pédagogique l’attachement à la mission civilisatrice, au bout du compte, cette mission connaît des variables correspondant à leurs diverses natures. Des établissements religieux assistent la France dans l’exercice de son influence, indirecte avant le mandat, directe à partir de la mise sous mandat; mais la mission est d’obédience catholique et globalement destinée à maintenir l’emprise de la France en adaptant progressivement les outils pédagogiques en fonction de leur modernisation (cinéma, musique, sport …). Les établissements juifs, protestants ou laïcs sont naturellement attachés à la mission civilisatrice française; mais au bout du compte, leur souci est de la mettre au service des populations locales, en accord avec la charte mandataire, lorsqu’il s’agit de donner à ces populations les moyens de leur émancipation, puis de leur indépendance. Cette différence d’appréciation, qui s’accentue avec le temps, correspond aux données de départ; elle s’impose également du fait des acteurs de ces réseaux scolaires, finement étudiés par Esther Möller, de leurs profils divers et des différences dans leur recrutement, aussi bien dans les sièges respectifs à Paris, qu’ailleurs ou sur place. Et cette mission est également reçue par les populations, qui en font justement l’instrument de leur propre mise en avant (les Maronites contre les autres) ou de leur propre émancipation (les musulmans principalement, les Juifs étant au bout du compte mis de côté du fait des événements ultérieurs marquant la région), à l’encontre de la puissance mandataire.

C’est au total cette tendance émancipatrice qui s’impose, la France devant accepter in finela création de l’État libanais dans le contexte d’une décolonisation qui utilise la mission civilisatrice à l’encontre de l’ancienne puissance (proto-)coloniale. La place traditionnelle de la France, au nom de sa mission civilisatrice, est disputée dans un contexte de modernisation et de libération, sociétale, linguistique et politique: l’accélération de la fin des années 1930 et surtout la fragilisation de la place de la France au cours de la Deuxième Guerre mondiale mettent un terme à la mission civilisatrice telle qu’entendue et propagée jusque-là par les écoles françaises. L’attachement aux valeurs incarnées par la France se maintient toutefois encore durablement, même si aujourd’hui les regards portent plus vers l’outre-Atlantique.

Bien écrit, l’ouvrage ne comporte que de rares coquilles ou erreurs. Il aurait pu certes éliminer certaines expressions caractéristiques d’un travail de thèse, mais non d’un ouvrage publié (mise en avant trop récurrente des défaillances de la recherche antérieure). Complète en un sens, cette étude aurait pu aller plus loin dans la mention de la réception de la mission civilisatrice française par les autres acteurs de la région (quid des puissances concurrentes?). Enfin, en termes d’histoire religieuse, l’auteure aurait pu insister sur l’un des facteurs d’évolution des acteurs catholiques de ses réseaux: la distance prise désormais avec Paris de la part de certains ordres sous l’égide du Vatican, qui ne fait l’objet que d’une mention en note de bas de page, et seulement à titre d’hypothèse pas aboutie.

Au total, Esther Möller apporte par son ouvrage une synthèse portant à la fois sur l’idée de mission civilisatrice française et sur son application à l’échelle du Liban sur près de quatre décennies, fondamentales dans l’évolution de la région. Ambitieuse et réussie, cette étude présente également l’avantage de présenter un regard extérieur sur ce qui peut jusque-là apparaître comme un pré carré français. On retiendra également l’intérêt particulier des pages portant sur la Mission laïque française, institution moins connue que d’autres acteurs, et pourtant significative d’un renouvellement, tenté, de l’effort culturel à l’étranger de la part de la France dans les années considérées. Last but not least, la dimension actuelle de l’étude est également réelle, qu’il s’agisse de porter un regard nostalgique sur un Moyen-Orient en pleine décomposition et en plein bouleversement, ou de comprendre un peu plus le rôle de la France dans son histoire et les liens qui en découlent encore aujourd’hui.

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PSJ Metadata
Dominique Trimbur
Orte der Zivilisierungsmission
Französische Schulen im Libanon 1909–1943
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945)
Naher Osten, Frankreich und Monaco
Bildungs-, Wissenschafts-, Schul- und Universitätsgeschichte
20. Jh.
1909-1943
Libanon (4035567-6), Französische Auslandsschule (4473470-0)
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E. Möller, Orte der Zivilisierungsmission (Dominique Trimbur)
In: Francia-Recensio 2016/3 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-3/zg/moeller_trimbur
Veröffentlicht am: 20.09.2016 12:33
Zugriff vom: 30.11.2020 03:31
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