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Les historiens de Napoléon (Mathieu Jestin)

Francia-Recensio 2016/4 Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500–1815)

Les historiens de Napoléon. 1821–1969, vus par Jean Tulard. Texte établi par Jean Tabeur d’après les conférences à l’École pratique des hautes études en 2002–2003 par Jean Tulard. Préface de Jacques-Olivier Boudon, Paris (L’Harmattan) 2016, 194 p. (Kronos, 80), ISBN 978-2-917232-36-1, EUR 19,00.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Mathieu Jestin, Évreux

On ne présente plus Jean Tulard, chantre de l’histoire napoléonienne en France depuis la seconde partie du XXe siècle: professeur à l’université Paris IV-Sorbonne, directeur de l’Institut Napoléon et directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE). Cet ouvrage est ainsi la version imprimée d’un séminaire qu’il y donna en 2003, le dernier d’une série commencée 35 ans plus tôt (1968). Michel Fleury, alors président de l’EPHE, lui confia une direction d’études sur le Premier Empire avec pour objectif de »redorer le blason impérial«(p. 177), du moins de lui redonner sa légitimité historique, contestée alors, notamment par l’école des Annales.

Le thème choisi peut sembler un peu aride de premier abord: l’historiographie. C’est pourtant une manière originale d’aborder le bicentenaire de l’Empire: brosser à grands traits une chronologie des écrits qui ont contribué à perpétuer le mythe de Napoléon et qui en ont, tour à tour, défendu ou contesté l’action et l’héritage.

Jean Tulard ne vise pas l’exhaustivité. Il le rappelle en introduction: plus de 80 000 ouvrages portant sur Napoléon existaient en 2003 dans le monde entier. Il dut donc faire des choix et se focalisa, à quelques exceptions, notables, près (Walter Scott, Karl Marx et Frédéric Schoell) sur les auteurs français. Il s’agit donc du regard français sur cette époque, d’une vision nationale de l’histoire à contre-courant d’une historiographie actuelle qui tend à la comparaison et au croisement.

Le découpage du livre en chapitres reprend la logique des interventions orales de Jean Tulard. L’ensemble est extrêmement plaisant à lire. Chaque auteur – presque une centaine! – y est présenté de manière succincte de même que ses écrits et thèses sur Napoléon. Les citations abondent et donnent chair au texte, comme un écho aux séances du séminaire. Si bien qu’en à-peine 200 pages on balaie une production immense. Aux célébrités (Chateaubriand, Stendhal, Hugo, Marx …) succèdent des anonymes, du moins pour les non-spécialistes. Mais ce qui frappe surtout, contrairement à ce que suggère le titre, c’est l’absence, relative, d’historiens au sens académique du terme. Ceux qui ont raconté l’histoire de Napoléon sont des érudits, des amateurs éclairés, des écrivains, des politiques, des diplomates, des militaires. Les historiens ne viennent que sur le tard; ils sont souvent critiques à l’égard de cette production pléthorique, souvent engagée, rarement »scientifique«: les sources ne sont pas citées, de même que les autres textes. Jean Tulard ironise alors sur les « reproches de la Sorbonne » à leur égard.

Le fil chronologique guide la lecture malgré quelques allers-retours. Les auteurs se succèdent. Comme le rappelle Jean Tulard, l’histoire de Napoléon est cyclique: légende dorée et légende noire se répondent, souvent en fonction de l’actualité nationale et internationale: régimes politiques, guerres … Dès lors, le livre est aussi une histoire d’héritiers dans la lignée desquels Jean Tulard s’insère ainsi que Jacques-Olivier Boudon qui, dans la préface de l’ouvrage, rappelle qu’il a lui-même conclu le séminaire »en [sa] qualité de successeur«. Jean Tulard énumère ces récits qui se font écho, commentant lui-même l’intérêt, des fois limité, d’autres réel bien qu’oublié, de certaines œuvres. Ainsi clame-t-il: »Il ne faut pas brûler Frédéric Masson!«(p. 105). Il fait la part belle aux textes qui ont marqué les études napoléoniennes en France: ceux de Thiers, auteur de »la première Histoire du Consulat et de l’Empireobjective et lisible par tous«(p. 65), de Lavisse, Sorel, Houssaye ou encore Vandal … Il en rappelle aussi les scansions: création d’une »Revue des études napoléoniennes par Édouard Driault«, également premier président de l’Institut Napoléon (1932), puis de la »Revue de l’Institut Napoléon«, ou encore les débats autour de l’édition de la »Correspondance Napoléon«, objets d’un chapitre entier (p. 65–69).

Les histoires du Premier Empire sont plurielles, comme leurs auteurs. Elles sont d’abord contemporaines de l’Empire, du moins leurs chroniqueurs en furent contemporains, à défaut d’en avoir été toujours témoins et acteurs. Jean Tulard rappelle notamment que Napoléon lui-même a incité nombre de ces proches à écrire sa vie: Las Cases, bien sûr, ainsi que les trois autres »évangélistes«Gourgaud, Bertrand et Montholon, mais d’autres moins connus comme Antoine-Vincent Arnault ou Louis-Pierre Edouard Bignon. Ces récits sont ensuite biographiques, si ce n’est hagiographiques: Napoléon, bien sûr, – Walter Scott aurait ainsi publié la première »Vie de Napoléon« en 1827 – mais aussi son entourage: Fouché, Talleyrand, ses généraux. L’ensemble de ces auteurs narrent la »Grande histoire« ou »les petites histoires«, faisant des choix chronologiques ou thématiques, insistant sur les dimensions politiques, diplomatiques, économiques, militaires du règne. Mais ces textes sont presque toujours politiques voire polémiques. Napoléon et son œuvre ne laissent pas indifférent. Le développement sur Pierre-Joseph Proudhon, inattendu, est ainsi particulièrement intéressant. Ces récits se veulent les miroirs de l’époque d’écriture. Ils jugent l’Empire à l’aune de la République, du Second Empire, des affaires publiques telle l’affaire Dreyfus, et même de l’actualité napoléonienne elle-même, comme en témoignent le retour des cendres de Napoléon en 1840 et de l’Aiglon en 1940.

On regrette finalement l’absence d’un dernier chapitre, évoqué par Jacques-Olivier Boudon: une étude de l’historiographie contemporaine à celle du »pape des études napoléoniennes des années du bicentenaire«. Ce chapitre aurait notamment permis de sortir d’une lecture purement nationale de l’Empire. De cette période, il »reste [donc] à faire le bilan«pour reprendre la conclusion de Jean Tulard, déjà en 2003.

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PSJ Metadata
Mathieu Jestin
Les historiens de Napoléon
1821–1969, vus par Jean Tulard
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945)
Frankreich und Monaco
Geschichte allgemein, Theorie und Methode der Geschichtswissenschaften
19. Jh., 20. Jh.
1821-1969
Napoléon I., Frankreich, Kaiser (118586408), Frankreich (4018145-5), Historiker (4025098-2), Geschichtsschreibung (4020531-9)
PDF document tulard_jestin.doc.pdf — PDF document, 335 KB
Les historiens de Napoléon (Mathieu Jestin)
In: Francia-Recensio 2016/4 | Frühe Neuzeit – Revolution – Empire (1500-1815) | ISSN: 2425-3510
URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-4/fn/tulard_jestin
Veröffentlicht am: 12.12.2016 09:47
Zugriff vom: 26.01.2020 12:25
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