Direkt zum Inhalt | Direkt zur Navigation

    E. Brenner, Leprosy and Charity in Medieval Rouen (Damien Jeanne)

    Francia-Recensio 2016/4 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Elma Brenner, Leprosy and Charity in Medieval Rouen, Woodbridge, Suffolk (The Boydell Press) 2015, XII–203 p., 11 b/w ill., 1 map (Royal Historical Society Studies in History. New Series), ISBN 978-0-86193-339-6, GBP 50,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Damien Jeanne, Caen

    Voici le premier livre publié sur les lépreux en Normandie. Il se divise en cinq chapitres. L’étude se concentre sur l’histoire du Mont-aux-Malades qui apparaît au XIIe siècle. Une place est faite aux autres léproseries établies autour de Rouen. Ces communautés de malades sont envisagées comme centres de vie religieuse, de pratiques médicales et point de circulation de la charité des Rouennais. L’introduction présente la maladie et ses implications sociales, procède à un point historiographique et fournit un exposé des motifs. Une conclusion clôt l’ensemble.

    Les conséquences sociales d’une maladie qui choque sont protéiformes, mais l’image de la lèpre comme produit du péché est un legs colonial du XIXe siècle. Les réponses sociales apportées aux malades sont complexes et contradictoires. L’auteur suit pas à pas ses devanciers anglais et français, Carole Rawcliffe et François-Olivier Touati. Les lépreux sont à la fois intégrés et séparés. Ce double bind ne trouve ici aucune tentative d’hypothèse explicative. La prospérité du XIIe siècle permet la charité des Rouennais aux lépreux. Le choix de Rouen comme terrain d’enquête est judicieux. La ville est l’une des plus importantes du royaume, »capitale«des ducs de Normandie qui bénéficie de sources abondantes. Le Mont-aux-Malades émerge des textes en 1131 comme mention collective des »lépreux de Rouen«. Une identité et un lieu sont fixés par des aumônes du roi Henri Ier.

    Sorte de purgatoire terrestre, la léproserie se niche dans un havre de paix, au bon air, en haut d’une colline. L’éloignement des lépreux proviendrait d’une injonction biblique. Cette léproserie semble émaner d’un groupe d’une vingtaine de paroisses qui envoyait les lépreux dans cet endroit. Ne pourrait-on pas plutôt renverser la proposition? La formation de la léproserie ne viendrait-elle pas de groupes spontanés de lépreux (selon l’hypothèse de Françoise Bériac) provenant de ces paroisses, ces dernières se fédérant en mutuelle pour porter secours à l’un des leurs devenu lépreux? (Cf. Sainte-Marie-Madeleine à Saint-Christophe-le-Jajolet en 1226–1227)1.

    Mentionné pour la première fois en 1393, ce ressort de la mutualité des aumônes sert d’argument clef contre la volonté royale de préempter le patrimoine de la léproserie. Cité sans source dans un ouvrage secondaire, ce document émane avec vraisemblance des »Requêtes de l’Hôtel du roi«(Paris, BnF, ms fr. 23679, 1393–1403). Il faudra vérifier. L’établissement polarise le territoire de la communauté urbaine par la réception des donations de la famille royale, des grands, du haut clergé et des bourgeois. L’assassinat de Thomas Becket provoque au Mont-aux-Malades une inflation dévotionnelle: le nombre d’offrandes augmente car son prieur en était l’ami. Dans un geste pénitentiel, Henri II construit en 1174 une nouvelle chapelle dédiée à la mémoire du martyr de l’archevêque. Le domaine de la léproserie s’étend après 1204 par la protection des rois de France et la munificence des bourgeois. Elma Brenner prend appui sur une source majeure du XIIIe siècle, le »Registre des visites«d’Eudes Rigaud pour comprendre la vie de cette maison et d’autres. Qualifiée de conventus, la communauté des malades vit sous obédience augustinienne. Ce microcosme est séparé en groupes (hommes, femmes, laïcs, malades, valides). La population des lépreux du Mont-aux-Malades reste stable entre 1250 et 1264.

    D’autres léproseries gravitent autour de Rouen. Équipée d’un cloître, d’un réfectoire, d’un dortoir et d’une infirmerie, la Salle-aux-Puelles (Aula puellae) est la seule léproserie pour les femmes aristocrates de la province ecclésiastique. Située sur le domaine ducal au Petit-Quevilly, cette communauté est une fondation ducale et archiépiscopale. La prise rayonne sur les mêmes paroisses que le Mont-aux-Malades. Le terme puellaene détermine pas l’âge des résidentes. L’Aula puellae désigne l’état de virginité perpétuel et irrévocable. Ce »renoncement à la chair«pose question. La transmission de la lèpre par voie sexuelle justifie à partir du XIIIe siècle une morale stricte, défendue avec âpreté par Eudes Rigaud.

    Le patrimoine de la léproserie est transféré en 1366 par Charles V à Sainte-Marie-Madeleine, hôpital alors en déficit. L’auteur interprète cette fusion comme un acte de compassion du roi. Cette réunion ne répondrait-elle pas aussi à une restructuration désormais possible en temps de paix de ces lieux d’accueil devant l’étiage du nombre des lépreux après les pestes? Neuf petites léproseries éclosent après 1250. L’une d’elle était installée à la porte Saint-Ouen, lieu mal famé, site de la profession polluante de teinturier. Vers 1280, la présence d’un établissement proche d’une des portes de la ville semble anxiogène pour les Rouennais. Ne pourrait-on pas réévaluer cette localisation, comme la marque du sacré à la lumière du Nouveau Testament (Jn 10, 9; Héb 13, 12–13)? Les lépreux sont soignés par des médecins qui pratiquent des soins palliatifs et la saignée; la nourriture s’adapte aux cas.

    La commise de 1204 ne pèse guère sur les liens noués entre les léproseries et les donateurs aristocrates ou bourgeois, car la cité continue d’être florissante. En revanche, la charité devient discriminatoire avec les famines, les pestes et la guerre au XIVeet XVe siècle. Elma Brenner décèle un changement des attitudes à partir des années 1220–1230, moment à partir duquel la contagion de la lèpre fait débat dans un environnement historique moins favorable aux lépreux. L’archevêque de Rouen Pietro da Collemezzo promulgue en 1237 des statuts synodaux qui interdisent aux lépreux de se mêler aux valides en ville comme à la campagne. L’auteur suppose que la peur de la contagion expliquerait ces normes drastiques. Rien n’est moins sûr. La volonté d’éradiquer l’errance des lépreux n’aurait-il pas pour but de les protéger en les poussant à l’intégration rassurante des léproseries qui leur confèrent un véritable statut?

    Le diagnostic de la lèpre est précis. Les examens de dépistage sont bien connus au XVIe siècle. Les deux principales léproseries présentent encore des vestiges de leurs chapelles avec des éléments picturaux et des pierres tombales. Il est regrettable que ces éléments du bâti n’aient pas fait l’objet de comparaisons avec d’autres sites tels ceux recensés dans »Archives de la lèpre. Atlas des léproseries entre Loire et Marne au Moyen Âge« publié par François-Olivier Touati en 1996 et dans le colloque qu’il a dirigé intitulé »Archéologie et architecture hospitalières de l’Antiquité tardive à l’aube des Temps modernes«paru en 2004. Ces travaux ne figurent pas en bibliographie. On pourra aussi s’étonner de l’absence du livre de David Nirenberg, »Communities of Violence« paru(1996) sur la discrimination de 1321 et de la thèse de Johan Picot sur les examens médicaux des lépreux (2012); de même, nombre d’études publiées sur la lèpre en Normandie manquent. Un inventaire analytique des sources inédites des léproseries rouennaises (v. 1100–1500) complète avec utilité ce livre. Malgré quelques réserves, la publication de cette thèse soutenue en 2008 constitue un apport indéniable dans le champ de la recherche sur la vie des lépreux de la Normandie médiévale.



    1 Mathieu Arnoux, Le temps des laboureurs. Travail, ordre social et croissance en Europe (XIe–XIVe siècle), Paris 2012, p. 253–254 (livre inconnu de l’auteur).

    Lizenzhinweis: Dieser Beitrag unterliegt der Creative-Commons-Lizenz Namensnennung-Keine kommerzielle Nutzung-Keine Bearbeitung (CC-BY-NC-ND), darf also unter diesen Bedingungen elektronisch benutzt, übermittelt, ausgedruckt und zum Download bereitgestellt werden. Den Text der Lizenz erreichen Sie hier: https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/

    PSJ Metadata
    Leprosy and Charity in Medieval Rouen
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Hohes Mittelalter (1050-1350), Spätes Mittelalter (1350-1500)
    Frankreich und Monaco
    Medizingeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
    Mittelalter
    1100-1500
    Frankreich (4018145-5), Rouen (4050751-8), Lepra (4035392-8), Soziale Situation (4077575-6)
    PDF document brenner_jeanne.doc.pdf — PDF document, 339 KB
    E. Brenner, Leprosy and Charity in Medieval Rouen (Damien Jeanne)
    In: Francia-Recensio 2016/4 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-4/ma/brenner_jeanne
    Veröffentlicht am: 12.12.2016 09:32
    Zugriff vom: 20.01.2020 15:30
    abgelegt unter: