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    S. E. Aschheim, V. Liska (ed.), The German-Jewish Experience Revisited (Dominique Bourel)

    Francia-Recensio 2016/4 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

    Steven E. Aschheim, Vivian Liska (ed.), The German-Jewish Experience Revisited, Berlin, New York (De Gruyter) 2015, VIII–280 p. (Perspectives on Jewish Texts and Contexts, 3), ISBN 978-3-11-037293-9, EUR 99,95.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Dominique Bourel, Paris

    Il y a aujourd’hui en Allemagne cinq chaires d’études juives (à Potsdam, Düsseldorf, Munich, Tübingen et Halle), et au moins deux à la Hochschule für Jüdische Studien à Heidelberg, et cinq centres (à Hambourg, Duisbourg, Potsdam, Leipzig et, le plus récent, à Berlin-Brandebourg) ainsi que des sociétés savantes dévolues à des auteurs juifs. Plusieurs collections excellentes cartographient un domaine en considérable expansion depuis des années. Des musées (Berlin, Hambourg et Munich) jouent aussi un rôle moteur dans la diffusion de la connaissance de cette culture. Alors qu’il fût impossible – malgré des tentatives répétées – tout au long du XIXe siècle et pendant le début du XXe siècle d’installer de telles chaires en Allemagne, une manne, qui semble intarissable, continue d’irriguer ces études au sein desquelles la recherche sur l’histoire juive allemande, et pas seulement des juifs en Allemagne, occupe une place de choix. Bien entendu, ce fut souvent une demande de connaissance sur le IIIe Reich, ses prodromes et la Shoah qui furent à l’origine, mais aussi une conjonction harmonieuse: la création de l’Institut Leo-Baeck en 1955 avec trois centres à New York (avec depuis peu une antenne à Berlin), à Londres et à Jérusalem (pour pallier à l’absence d’une antenne allemande, fut crée en 1989, donc bien plus tard, la Wissenschaftliche Arbeitsgemeinschaft des Leo-Baeck-Instituts in der Bundesrepublik Deutschland). Elle permit le retour régulier d’enseignants exclus par l’Allemagne brune en leur demandant d’introduire les étudiants à cette histoire un semestre par an.

    Le premier fut Adolf Leschnitzer – sur lequel on attend l’ouvrage de Monika Richarz – offrant à partir de 1952 à une première génération – Julius Schoeps, Reinhard Rürupp, Monika Richarz, Stefi Jersch-Wenzel et quelques autres – un lieu d’apprentissage et d’échange. La création du Zentrum für Antisemitismusforschung à Berlin par Herbert Strauss, de la Germania Judaica à Cologne, notamment avec l’appui de Heinrich Böll, et la préparation des premiers musées juifs firent le reste avec les premières publications en la matière, venues souvent de savants émigrés comme Ismar Schorsch, Jehudah Reinharz, George Mosse, Fritz Stern, Peter Gay ou Alexander Altmann, offrant à leurs étudiants américains un immense champ de recherche, très vite subventionné par diverses sources allemandes ainsi que les traditionnels fonds américains. Ils trouvèrent dans les universités allemandes et l’Institut Max-Planck, notamment du temps du très regretté Rudolf Vierhaus, les meilleures conditions de travail. Ce n’est que bien plus tard que les jeunes Israéliens se mettront à la tâche, encadrés par quelques savants eux-mêmes issus de la tradition allemande ou de l’Europe centrale,comme Jakob Katz, Saul Friedländer, Shulamit Volkov, Zvi Bacharach ou Walter Grab. La question dans ce cas se mêlera avec celles de la création de chaires d’études allemandes dans les jeunes universités, Tel Aviv, Haifa, Bar Ilan et Beer Sheva.

    Ce volume, issu pour partie d’une université d’été du l’Institut Leo-Baeck à Jérusalem (11–15 juillet 2013) en mémoire de l’historien israélien Robert Liberles est passionnant: 16 articles, tous en anglais, offrent une excellente perspective des nouveaux accents de la recherche sur la passion juive allemande, car c’est bien d’une véritable culture qu’il s’agit. Les auteurs sont des Israéliens, des Américains et des Allemands qui attestent tous du caractère véritablement international de cette recherche. En Allemagne, ce sont en grande partie des non-juifs qui travaillent sur l’histoire juive. Certes, on trouve dans ce beau volume quelques contributions sur des auteurs S. R. Hirsch, Pauline Wengeroff, Aby Warburg et les libéraux que furent Moritz Julius Bonn, Hermann Heller et Felix Weltsch, mais ce qui frappe est le caractère novateur des enquêtes qui évitent les grandes fresques sur l’antisémitisme, l’émancipation, le sionisme, etc. Bien sûr, l’ombre de Gershom Scholem plane sur ces réflexions et sur sa célèbre thèse sur sa célèbre thèse largement contestée de la non-existence d’une symbiose judéo-allemande. Pas de rhétorique apocalyptique et emphatique ni d’accent sur la »catastrophe«, la »modernité«,mais bien une histoire intégrative, allemande et juive, où sont privilégiés l’oblique et la marge à la naissance d’un troisième espace toujours en mouvement.

    La recherche a beaucoup évolué, souvent en phase avec les grands courants historiques de la profession, profitant des connaissances linguistiques requises par ce type d’étude ainsi que de l’établissement de collections dans des fonds d’archives. C’est d’abord l’histoire des idées qui, succédant aux différents témoignages, fut pratiquée par la génération formée, soit avant la Seconde Guerre mondiale, soit pendant, mais par des professeurs eux-mêmes marqués par la tradition allemande. Puis les différents courants (microhistoire, Annales, psychohistoire, histoire mémorielle et les différents éphémères turns) interviendront dans différentes conjonctures d’autant que tout le spectre des sciences humaines et sociales est concerné, de la philosophie à la littérature et de la sociologie à l’histoire des sciences. Il n’est que de lire la grande édition des »Collected Papers« d'Albert Einstein (parus chez Princeton University Press) qui compte déjà plus de dix volumes. D’abord l’histoire de la persécution avec la lancinante question »comment cela put-il arriver?«,puis la remise en perspective des racines historiques dans le long terme, sans pouvoir toujours éviter une démarche téléologique et, enfin, éclatement de la discipline au gré des appels d’offres, des propositions de bourses et autres Pilot-Projektequi cesse brutalement dès que le financement est achevé.

    Le champ de recherche produit une impressionnante somme de savoir dont la maîtrise est impossible depuis quelques années étant donné que les moyens de communication et de production savante se sont tant développés. Ce volume fascinant préparé par deux grands spécialistes de la galaxie judéo-allemande est un jalon important de la réflexion sur notre pratique.

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    PSJ Metadata
    Dominique Bourel
    The German-Jewish Experience Revisited
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945), Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
    Deutschland / Mitteleuropa allgemein
    Jüdische Geschichte
    19. Jh., 20. Jh., 21. Jh.
    1890-2013
    Deutschland (4011882-4), Juden (4028808-0), Kultur (4125698-0)
    PDF document aschheim_bourel.doc.pdf — PDF document, 334 KB
    S. E. Aschheim, V. Liska (ed.), The German-Jewish Experience Revisited (Dominique Bourel)
    In: Francia-Recensio 2016/4 | 19.-21. Jahrhundert - Époque contemporaine | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2016-4/zg/aschheim_bourel
    Veröffentlicht am: 12.12.2016 13:49
    Zugriff vom: 09.07.2020 02:43
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