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    G. Malaterra, Histoire du Grand Comte Roger et de son frère Robert Guiscard. Vol. I: Livres I & II (Michèle Guéret-Laferté)

    Francia-Recensio 2017/1 Mittelalter – Moyen Âge (500–1500)

    Geoffroi Malaterra, Histoire du Grand Comte Roger et de son frère Robert Guiscard. Vol. I: Livres I & II. Édité par Marie-Agnès Lucas-Avenel, Caen (Presses universitaires de Caen) 2016, 448 p. (Fontes & Paginæ), ISBN 978-2-84133-743-9, EUR 35,00.

    rezensiert von/compte rendu rédigé par

    Michèle Guéret-Laferté, Rouen

    De prime abord, on peut s’étonner devant ce gros volume qui ne contient l’édition et la traduction que des deux premiers livres du »De rebus gestis Rogerii Calabriae et Siciliae comitis et Roberti Guiscardi ducis fratris ejus«de Geoffroi Malaterra, dont l’histoire complète pourrait à elle seule contenir dans un ouvrage de taille moyenne. Toutefois, comme nous allons le voir, ces généreuses dimensions permettent à l’éditrice de procurer à son travail une présentation qui allie remarquablement la richesse du commentaire et la clarté de l’ensemble. Présentons l’auteur dont, comme le précise Marie-Agnès Lucas-Avenel, rien ne prouve qu’il fut normand – peut-être était-il originaire du Perche ‒, bien que l’affirmation n’ait cessé d’être répétée jusqu’ici dans les travaux consacrés à cet auteur. Il est, avec Aimé du Mont-Cassin et Guillaume de Pouille, l’un des trois historiographes de la conquête normande de l’Italie méridionale et de la Sicile au XIe siècle, mais il s’en distingue en privilégiant la figure de Roger Ier, surnommé le Grand Comte, à la différence d’Aimé du Mont-Cassin et de Guillaume de Pouille qui s’intéressent prioritairement à son frère Robert Guiscard, principal artisan de la conquête. Comme le moine bénédictin le précise, c’est Roger lui-même qui lui commanda la rédaction de cette histoire alors qu’il était arrivé depuis peu en Sicile; il l’écrivit entre 1098 et 1101 en interrogeant ceux qui furent les témoins directs des événements. L’œuvre a donc une portée politique évidente, constituant un instrument de propagande pour le nouveau prince, mais aussi pour Urbain II, son »surdestinataire«selon Pierre Toubert, qui octroie à Roger en 1098 le privilège de la légation apostolique en Sicile, un des derniers événements mentionnés par Malaterra.

    Marie-Agnès Lucas-Avenel justifie de manière très convaincante cette nouvelle édition critique, notamment par rapport à celle qu’avait procurée Ernesto Pontieri en 1927–1928 pour la nouvelle édition des »Rerum Italicarum Scriptores«.Si Pontieri avait eu le mérite d’offrir la première édition critique et de prendre en compte de nouveaux manuscrits par rapport à l’editioprinceps de Geronimo Zurita qui s’appuyait sur le manuscrit Z (Saragosse 1578), la redécouverte de Z, que l’on croyait perdu, et les travaux de Gianvito Resta (1964) sur la tradition manuscrite du texte (qui compte six manuscrits) ont permis de pointer précisément les défauts de l’édition de Pontieri. Dans le prolongement de l’étude méticuleuse de Resta, qui avait abouti à l’établissement d’un nouveau stemma codicum, Marie-Agnès Lucas-Avenel, tout en procédant à sa propre collation des manuscrits et à la comparaison des variantes, confirme la pertinence des principes méthodologiques que le chercheur italien avait adoptés: supériorité de la branche α (mss A et C) sur la branche β (mss Z, B, Be et D). En outre, elle exploite avec profit le travail d’Olivier Desbordes qui a apporté quelques compléments et corrections aux analyses de Resta dans des articles publiés entre 2002 et 2014 sur le texte de Malaterra.

    Après une introduction très fournie présentant l’auteur et son œuvre, et insistant sur les qualités littéraires et historiographiques de cette histoire composée par un homme soucieux de »plaire et instruire«, très influencé par le modèle sallustéen, sachant recourir à une grande diversité de tons et aussi réfléchir aux principes du genre historiographique, comme le montre son habileté à associer le fil chronologique à la recherche des causes et à la mise en évidence de l’évolution de son héros, Marie-Agnès Lucas-Avenel nous présente le texte et sa traduction. C’est dans cette partie centrale de l’ouvrage que la disposition nous paraît particulièrement efficace pour mettre en relief la richesse du commentaire.

    La page de gauche présente la traduction et les notes historiques, qui visent à éclairer le contexte mais sont aussi utilisées pour comparer le texte de Geoffroi à ceux d’Aimé du Mont-Cassin et de Guillaume de Pouille. Sur la page de droite figurent la traduction et trois sortes de notes clairement distinguées: les premières donnent les variantes, ne retenant que celles qui affectent le sens; les deuxièmes concernent les sources; enfin, les troisièmes sont des notes philologiques où l’éditrice justifie le choix d’une leçon ou d’une conjecture ou rend compte du sens d’un mot rare (citons par exemple deux termes que l’on ne trouve que chez Malaterra: dialectizare[p. 337] et clamucium[p. 341]) ou d’une construction complexe. Dans toutes ces rubriques, disposées de telle façon que le lecteur puisse aller du texte au commentaire avec beaucoup d’aisance, Marie-Agnès Lucas-Avenel fait preuve à la fois de rigueur et de clarté, mais montre aussi l’ampleur et la finesse de son enquête. Pour ce qui concerne la langue, on notera l’extrême attention portée par la traductrice au vocabulaire et l’explicitation des problèmes qu’elle a pu rencontrer, par exemple pour la polysémie du terme castrum (p. 128) ou la difficulté de traduire le terme miles(p. 134–135). Afin d’éclairer un détail ou de préciser un lieu, les notes historiques exploitent aussi bien les récentes fouilles archéologiques qui ont mis au jour les vestiges de l’occupation normande (notamment celles de Ghislaine Noyé en Calabre) que les chroniqueurs grecs, les annales de Bari ou de Pise. L’examen des sources de Malaterra est lui-même très minutieux: citons par exemple le très riche commentaire des références bibliques qu’utilise l’auteur juste avant le récit de la bataille décisive de Cerami (p. 335–339). Enfin, si la traduction est non seulement claire et fidèle mais aussi élégante, on sait gré à Marie-Agnès Lucas-Avenel de proposer une interprétation de l’histoire de Malaterra qui ménage une certaine marge d’incertitude. C’est notamment le cas au sujet de l’insistance du moine sur le désir insatiable de richesses et de domination qui caractérise son héros Roger ainsi que tous les fils de Tancrède de Hauteville: entend-il les condamner ou plutôt souligner les limites inhérentes à tout homme de pouvoir (p. 69)? Le procédé est complexe car il s’agit le plus souvent d’emprunts à Salluste qui deviennent ambigus sous la plume de Malaterra puisque ces défauts sont placés sous un jour avantageux, vu qu’ils sont mis au service du pape et de la religion chrétienne (p. 60).

    Outre la bibliographie très complète et les index, le volume comporte des annexes précieuses: plusieurs cartes de la Pouille, de la Calabre et de la Sicile indiquant la progression de la conquête, des tableaux des sources historiographiques citées dans le commentaire et de la descendance de Tancrède de Hauteville, 16 planches d’illustrations reproduisant quelques folios de manuscrits ou pages de l’editio princeps.

    Enfin, cette publication est associée à une édition en ligne facilitant l’interrogation des textes et donnant accès aux matériaux de la recherche, notamment aux images numérisées des manuscrits A, C, Z, Be et D, et de l’editio princeps. La très grande qualité de ce travail nous conduit à souhaiter que paraissent sans tarder les Livres III et IV de l’histoire de Malaterra, qui portent sur la dernière étape de la conquête de la Sicile (de 1072, date de la prise de Palerme, sur le récit de laquelle s’était achevé le Livre II, à 1091) et qui couvrent la période allant jusqu’à 1098, pour laquelle Malaterra est une source historiographique essentielle puisque l’histoire d’Aimé du Mont-Cassin s’arrête en 1078 et celle de Guillaume de Pouille en 1085.

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    PSJ Metadata
    Michèle Guéret-Laferté
    Histoire du Grand Comte Roger et de son frère Robert Guiscard
    Vol. I: Livres I & II
    fr
    CC-BY-NC-ND 4.0
    Frühes Mittelalter (600-1050), Hohes Mittelalter (1050-1350)
    Italien
    Familiengeschichte, Genealogie, Biographien, Geschichte allgemein
    6. - 12. Jh.
    1000-1100
    Roger Sizilien, Graf (123579414), Roberto Puglia, Duce (118601466), Italien Süd (4072965-5)
    PDF document malaterra_gueret-laferte.doc.pdf — PDF document, 342 KB
    G. Malaterra, Histoire du Grand Comte Roger et de son frère Robert Guiscard. Vol. I: Livres I & II (Michèle Guéret-Laferté)
    In: Francia-Recensio 2017/1 | Mittelalter – Moyen Âge (500–1500) | ISSN: 2425-3510
    URL: https://prae.perspectivia.net/publikationen/francia/francia-recensio/2017-1/ma/malaterra_gueret-laferte
    Veröffentlicht am: 16.03.2017 12:00
    Zugriff vom: 27.01.2020 00:37
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