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A. Weinke, Gewalt, Geschichte, Gerechtigkeit (Clément Millon)

Francia-Recensio 2017/2 19.‒21. Jahrhundert ‒ Époque contemporaine

Annette Weinke, Gewalt, Geschichte, Gerechtigkeit. Transnationale Debatten über deutsche Staatsverbrechen im 20. Jahrhundert, Göttingen (Wallstein) 2016, 372 S. (Beiträge zur Geschichte des 20. Jahrhunderts, 19), ISBN 978-3-8353-1766-6, EUR 34,90.

rezensiert von/compte rendu rédigé par

Clément Millon, Lambersart

Voilà un ouvrage qui, documenté, appelle le lecteur à une réflexion sur de multiples aspects.

Annette Weinke, enseignante à l’université de Jena et dirigeante adjointe, dans cette ville, du Centre pour l’histoire du XXe siècle, nous a nourris de belles études sur la recherche de justice contre les crimes commis sous le régime nazi. Dans »Die Nürnberger Prozesse«1ou »Eine Gesellschaft ermittelt gegen sich selbst«2, elle abordait respectivement les décisions du procès de Nuremberg rendues en 1945-46 par le tribunal militaire international et le travail du centre des archives de Ludwigsburg, entre 1958 et 2008, ayant permis des mises en cause plus tardives. Cela soulevait des questions touchant à la justice internationale et à la notion de droits humains, abordés dans »Toward a New Moral World Order? Menschenrechtspolitik und Völkerrecht seit 1945«3.

Dans son dernier ouvrage, elle alimente une réflexion plus large d’un essai tiré de son travail d’habilitation. Il traite des débats internationaux sur les crimes allemands d’État commis au XXe siècle. Cette étude souvent serrée est l’occasion d’une mise en présence des concepts de pouvoir, histoire et justice.

Mais alors que le travail se focalise sur le pouvoir étatique (voir p. 7 et 11 de l’introduction), il débute son analyse avec la conférence de La Haye et le droit pénal des gens avant la Première Guerre mondiale. C’est laisser de côté les premiers temps de l’État allemand, c’est-à-dire le Second Empire et la guerre de 1870–1871. Guillaume Ier est pourtant proclamé empereur au cœur de la France occupée, dans la très symbolique galerie des glaces de Versailles et grâce à une campagne militaire sur laquelle il y a beaucoup à écrire. De même, il n’est pas question des territoires colonisés par l’Empire wilhelmien, ce qui laisse de côté, notamment, la terrible histoire du Sud-Ouest africain allemand.

Cela s’explique par le point de vue du livre, dans lequel on reconnaîtra la démarche de Weinke. En effet, il ne s’agit pas d’un travail en histoire judiciaire ou de l’État, mais d’une histoire culturelle. Le point de départ de la réflexion est que, bien avant le tribunal pénal international de La Haye, l’idée d’incriminer en droit international pour des crimes graves a conduit à envisager de produire des textes internationaux et d’ériger des juridictions transnationales. Il s’en est suivi près d’un siècle et demi de débats sur la possibilité d’une mise en cause de l’État pour la violence organisée par lui au cours d’un long vingtième siècle. La vie intellectuelle et le contexte culturel ne se résument pas à la question de la responsabilité de l’Allemagne après les défaites de 1918 et 1945, laquelle aurait été uniquement perçue comme cause de volonté de revanche ou débat sur la responsabilité du pays. Ainsi, Weinke rappelle (p. 39) que c’est seulement un an après la guerre franco-allemande que l’idée d’un tribunal international est discutée dans le pays. De plus, l’historienne installée à Jena – en ex-RDA – et qui s’est intéressée à la justice des faits commis sous le Troisième Reich dans les deux parties de l’Allemagne, en particulier dans »Die Verfolgung von NS-Tätern im geteilten Deutschland«4,ne pouvait s’en tenir à une analyse de l’Allemagne occidentale.

Ainsi, elle fait accomplir au lecteur un singulier voyage: explorer les lieux de justice et de débats sur les crimes étatiques allemands, soit respectivement La Haye et Versailles; Washington, Nuremberg et Bonn; Bonn, Ludwigsburg et Jérusalem; Salzburg, Bonn et Berlin.

La première période débute avec les conférences de La Haye de 1899 et 1907 pour s’achever à la paix de Versailles du 28 juin 1919 et à ses conséquences. Le premier point replace les évènements historiques dans l’opposition entre l’»esprit d’internationalité«(p. 33) et ses tendances contraires. Résumer les débats du droit international public, Bluntchli et Fiore en quelques pages est important, mais c’est dans les pages suivantes (p. 44–103) que l’analyse prend son envol, avec une étude du »management historique« dans la Grande Guerre, puis des clauses de Versailles et surtout un rapport des controverses autour d’Heidelberg. À la lecture d’Annette Weinke, on peut faire le constat que les débats sont encore, à cette époque, marqués par le rapport de l’Allemagne à son histoire. La question des droits humains est encore en second plan, au profit, peut-être, de la »question allemande«.

La seconde période nous emmène des limbes du crime contre l’humanité sous la plume de Raphaël Lemkin, à la condamnation de l’Allemagne nazie dans lesdits procès de Nuremberg, puis enfin aux conséquences de la naissance d’une République allemande à Bonn, censée se construire contre et en victime du nazisme et du communisme (p. 162). Si, en cette époque, la question génocidaire impose une réflexion sur les droits humains, le contexte culturel n’est pas non plus épuré de toute considération politique.

La troisième période nous fait, par conséquent, suivre la volonté de la République fédérale, des années 1950 aux années 1960, de chercher sa propre voie de prise en compte du passé nazi. Elle nous conduit ainsi de Bonn à Jérusalem en passant, bien sûr, par Ludwigsburg. C’est notamment le procès Eichmann, qui renouvelle le débat sur la justice, mais qui surtout exprime le besoin de celle-ci face à l’ignominie de la logique du Führerbefehl (ordre du Führer, p. 193) face à la réalité génocidaire. Weinke s’appuie à ce propos sur une revue de l’historiographie traitant du caractère administratif et totalitaire du régime nazi.

D’un régime à un autre, la quatrième période établit un bilan de la fin de celui de l’Est de l’Europe, à travers le prisme de la fin de la RDA. Le cas est-allemand est accoudé à celui de régimes autoritaires du Sud de l’Europe (Espagne, Portugal, Grèce) et de l’Amérique du Sud (Chili, Argentine, Brésil, Paraguay). Il s’agit de pouvoir évoquer les débats sur la justice transitionnelle (voir p. 259) et l’amnistie, surtout étudiée dans la politique à l’égard du passé en Allemagne dans les années 1989–1990, ainsi que du pardon, à la lumière de l’expérience sud-africaine.

Weinke veut, à travers ce travail synthétique, dépasser les perspectives. Le parti pris est d’analyser les débats doctrinaux partagés à travers les frontières allemandes. L'étude de ceux d’un large XXe siècle, tel que le concevait un Hobsbawm, illustre combien l’objet de droit qu’était l’Allemagne au début de celui-ci, est devenue un sujet de droit. Ce droit, du Völkerrecht en débat au XIXe siècle, est devenu au XXIsiècle un ensemble de droits humains, dont la définition s’est, à travers les débats, affinée.

Mais la perspective et les débats ne sont-ils pas plus larges encore? À travers l’Allemagne et ses crimes d’État, n’est-ce pas l’histoire de ce que certains appellent l’Occident qui s’écrit, ou l’histoire de tous? Annette Weinke, pour ouvrir sa conclusion, reprend les mots du sociologue américain John Torpey (p. 316): »We are all Germans now«.

1 Annette Weinke, Die Nürnberger Prozesse, Munich 2006 (C.H. Beck Wissen, 2404).

3 Norbert Frei, Toward a New Moral World Order? Menschenrechtspolitik und Völkerrecht seit 1945, Göttingen 2013 (Jena Center Geschichte des 20. Jahrhunderts, 15).

4 Annette Weinke, Die Verfolgung von NS-Tätern im geteilten Deutschland. Vergangenheitsbewältigung 1949–1969 oder: eine deutsch-deutsche Beziehungsgeschichte im Kalten Krieg, Paderborn, Munich, Vienne, Zurich 2002.

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PSJ Metadata
Clément Millon
Gewalt, Geschichte, Gerechtigkeit
Transnationale Debatten über deutsche Staatsverbrechen im 20. Jahrhundert
fr
CC-BY-NC-ND 4.0
Neuzeit / Neuere Geschichte (1789-1918), Zeitgeschichte (1918-1945), Neuere Zeitgeschichte (1945-heute)
Deutschland / Mitteleuropa allgemein
Rechtsgeschichte
20. Jh.
1900-2000
Deutschland (4011882-4), Staat (4056618-3), Gewaltdelikt (4157233-6), Nationalsozialistisches Verbrechen (4075228-8), Menschenrecht (4074725-6), Völkerstrafrecht (4188481-4)
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A. Weinke, Gewalt, Geschichte, Gerechtigkeit (Clément Millon)
In:
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Veröffentlicht am: 13.06.2017 15:38
Zugriff vom: 25.02.2020 08:01
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